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 Zoom sur la fracture entre Sunnisme et Chiisme, berceau de l'EI

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Sepheides
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MessageSujet: Zoom sur la fracture entre Sunnisme et Chiisme, berceau de l'EI   Sam 6 Fév - 12:53

Pour comprendre les origines de l'Islam, merci de bien vouloir cliquez ici : Sujet "Les origines de l'Islam.

L’ISLAM : UNITÉ DE CROYANTS, MULTIPLICITÉ DE COURANTS

8 août 2015  par Malik Fenardji

(...)

En 656, des troupes venues d’Égypte marchèrent sur Médine afin d’acculer ‘Uthman. Après 40 jours de siège, ce dernier fut assassiné. Cet événement marqua la déchirure de la communauté musulmane. Ali fut proclamé Calife à Médine par ses partisans, alors que les autres le tenaient indirectement responsable de la mort d’Uthman.

De nouveaux conflits éclatent. Ali fait face à deux rivaux qui revendiquent le Califat : Talha et Zubayr, tous deux soutenus par ‘Â’icha, la veuve du prophète. Il les vainc en 656 lors de la bataille « du chameau ». S’ensuit la bataille de Siffîn qui oppose Ali à Mu’âwiya, gouverneur de Damas, en 657. Ce conflit se termine par une demande d’arbitrage régit selon le Coran qui se fait en défaveur d’Ali. Ce dernier conservera son titre de calife alors que Mu’âwiya poursuivra ses conquêtes territoriales. Ali est assassiné en 661, et Mu’âwiya prend le pouvoir et fonde la dynastie omeyyade à Damas. Cette guerre va se poursuivre sur une seconde génération avec les fils d’Ali, Hasan et Hussein. Le conflit se termine en Irak avec la défaite des chiites, lorsque Hussein est massacré avec sa famille.

Cet épisode de l’histoire musulmane est toujours célébré par les Chiites : l’Achoura.

Cette période est donc à l’origine des trois principaux courants de l’Islam. Les partisans de Mu’âwiya sont ceux qui promouvront le sunnisme : selon eux le calife doit être élu ou désigné et doit aussi faire partie de la tribu des Quraych. Le sunnisme lui-même développera quatre grandes écoles de pensée : le hanafisme, le malékisme, le chaféisme et le hanbalisme.

Quant aux partisans d’Ali, les chiites, ils estimaient que le califat devait exclusivement revenir aux descendants du prophète. Ali est considéré pour les chiites comme le premier Imam, mais cela ne les empêchera pas de se subdiviser, eux aussi, en d’autres mouvements pour des raisons de gouvernance.

La division la plus importante du chiisme va aboutir à la création de la troisième grande branche de l’Islam : le khajirisme. Cette scission est née lors de l’arbitrage de la bataille de Siffin, où certains partisans d’Ali n’acceptèrent pas la décision retenue, considérant que le jugement devait être divin et donc révélé à l’issue des combats. Un dénouement qui précipita leur départ afin de créer leur propre mouvement. Dès lors, ils furent appelés les khâjirites, ce qui signifie « les sortants ».

Sunnisme et Chiisme : un combat fratricide au travers des âges.

La répercussion de cette scission s’est fait ressentir au cours de l’histoire et principalement sur le XXe et XXIe siècle. Les sunnites – ceux qu’on désigne comme les adeptes de la Sunna (les enseignements, dires et faits du Prophète) – demeurent la branche ultra majoritaire. Ils représentent actuellement environ 80% de la population mondiale musulmane, contre environ 10% pour les Chiites, principalement présent en Iran, à Bahreïn, en Irak et au Liban.

Les tensions entre Sunnites et Chiites vont être de nouveau perceptible dans les années 1960, à l’arrivée de différents groupes radicaux : les salafistes, le mouvement wahhabite en Arabie Saoudite, les Frères musulmans égyptiens et syriens. Le renouveau de la haine des chiites va atteindre un sommet avec la Révolution Islamique d’Iran en 1979. Les monarchies du Golfe vont se sentir en danger par les déclarations de l’ayatollah Khomeiny qui visait à exporter le modèle chiite en dehors de ses frontières.

C’est dans ce contexte que l’invasion de l’Iran en 1980 par l’Irak de Saddam Hussein va être soutenue par les monarchies pétrolières du golfe, avec notamment l’accord de l’Occident. Cette guerre va embraser les relations entre sunnites et chiites durant les huit années de combats et causée plus d’un million de morts. Dès lors les chiites, souvent minoritaires, vont être la cible d’oppression sociale, mais aussi politique dans les États où la centralité du pouvoir est détenue par les sunnites.

Le modèle chiite ne s’est pas exporté comme le voulait Khomeiny, cependant le chiisme sera un facteur déterminant dans le jeu des alliances au Proche et Moyen Orient. L’Iran va trouver des alliés dans le Hezbollah Libanais, dans le gouvernement chiite irakien, en Syrie chez la minorité alaouite au pouvoir (dont est issu Bachar Al Assad). Les sunnites vont dès lors se retrouver à leur tour discriminés dans ces États, perpétuant ainsi le cycle d’animosité entre ces deux communautés religieuses. L’exemple récent des révoltes en Syrie et en Irak sont des conséquences directes de ces discriminations sociales.

Cette guerre de gouvernance à la fois politique, religieuse et sociale entre les deux communautés sœurs a créé une brèche pour les mouvements terroristes djihadistes, dont Daesh. Ces derniers vont utiliser ce sentiment de discrimination et de haine pour être reconnus comme des sauveurs par la population opprimée. L’histoire montrera très rapidement les véritables intentions de Daesh lorsque le 14 juillet 2014, ils proclament le rétablissement d’un califat islamique, symbole de l’Âge d’or pour la branche sunnite. Tout en ayant recours, dans leur communication, à des moyens inégalés par les autres groupes terroristes, et à l’instar de ces derniers, utilisent l’ensemble de l’imagerie sunnite pour convertir de nouveaux membres dans les voies de leur guerre : ils appellent sans cesse à la création d’un État pour la Umma, font référence aux faits d’armes du prophète et de ses successeurs, tout en invoquant les guerres saintes des croisades, et usent d’une lecture rigoriste et décontextualisée du Coran. En prêchant l’unité des fidèles (derrière leur « lutte »), Daesh divise et massacre l’ensemble des communautés qui leur font face, dans un but politique d’extension territoriale, et de richesse, sous couvert d’une dimension religieuse de leurs actions.

L’origine des différents grands mouvements de la religion musulmane montre à quel point le lien entre la religion et la gouvernance est important, puisqu’il en résulte des conflits de successions pour le califat, engendrant la plupart des schismes de l’Islam. L’unité de l’Islam est un élément central de la religion, qui s’appuie sur l’ensemble d’une communauté qui détient des racines communes et dont les prolongements se sont multipliés à chaque crise politique de gouvernance, et à chaque débat doctrinal sur la suite à apporter aux révélations du prophète Muhammad. La lecture de ces événements, de la Révolution islamique en Iran, à la progression de Daesh sur la scène internationale, n’est compréhensible qu’au regard de l’histoire des divisions de la religion musulmane. L’islam est une religion aux ramifications et scissions complexes se basant à la fois sur le domaine de la spiritualité, de la tradition locale et des luttes de gouvernances politiques.

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